mardi 14 juillet 2009

L'inconnu, partie 5

Ce qu’elle remarque d’abord fût sa prestance. Elle savait que c’était elle, seulement de par la longue taille effilée et ses boucles blondes débordantes. Elle l’aurait reconnue parmi plusieurs. C’était elle, la fille du restaurant. Elle enleva ses grandes lunettes qui lui donnaient un petit air parisien et remarqua autour d’elle lentement. Tanya se rappela qu’elle était en service et devait aller l’accueillir. Elle se dénoua la langue et articula finalement : « Bonjour, est-ce que je peux vous aider? ». La cliente lui sourit gentiment avant de répondre : « Oui, j’aimerais savoir si vous avez des agendas ». À ces mots, le sourire de Tanya se figea sur ses lèvres. Elle voulait un agenda. Sa bouche tremblait légèrement quand Tanya indiqua à la femme où se trouvait les agendas. Celle-ci se dirigea vers la rangée désignée et Tanya se rangea derrière elle pour la suivre. Une fois de plus, elle ne put s’empêcher de remarquer sa classe et ses manières. Elle marchait d’un pas souple et fin, elle avait dû être mannequin puisqu’elle avait un petit déhanchement presque impossible à remarquer à cause de sa taille fine. Tanya baissa les yeux sur ses jambes à elle et ne put qu’être honteuse de sa tenue. Elle portait un jean délavé qu’elle affectionnait particulièrement malgré les années. Il menaçait de déchirer à tout moment mais elle ne pouvait s’empêcher de le mettre tant il était confortable. Elle avait choisi de porter un t-shirt gris tout simple cette journée-là. Elle ne faisait définitivement pas le poids, c’était le cas de le dire, devant l’inconnue. Elle le savait que trop bien mais était incapable d’oublier les yeux de l’homme. Des yeux qui avaient semblé lui parler cette soirée-là, qui avait voulu lui crier de l’amener loin d’ici, avec elle, dans son monde beaucoup moins artificiel.


J.


samedi 11 juillet 2009

L'inconnu, partie 4

Tanya était en train de reclasser une étagère et semblait perdue dans ses pensées, si bien qu’elle n’entendit pas son patron appeler son nom. Il dût recommencer plusieurs fois avant qu’elle ne sorte de sa rêverie. « Où étais-tu Tanya? » demanda-t-il en plaisantant. Depuis quelques jours déjà, Henry avait remarqué que son employée semblait plus rêveuse qu’à l’habitude. Il avait l’œil pour ce genre de chose. Il était un excellent observateur et remarquait tout changement de caractère, si infime soit-il, chez les gens qu’ils côtoyaient. Après le décès de sa femme, il s’était mis à encore plus observer l’espère humaine, espérant probablement y trouver du réconfort. Jeannette avait été prématurément emportée par un cancer du poumon. Elle s’était battue, en vain, contre la maladie qui avait rapidement gagné la bataille. Ils avaient été mariés plus de trente ans et il n’avait jamais été aussi heureux qu’à ses côtés. Ils avaient ouvert cette librairie ensemble et s’y était consacrés corps et âmes. C’était tout ce qui lui restait d’elle et il tenait plus à cette boutique qu’à bien des choses. Ses enfants maintenant grands, et loin, il avait tendance à développer une relation très paternelle avec ses employées. Tanya, avec ses grands yeux marron rieurs, lui avait aussitôt rappelé Jeannette durant sa jeunesse. Quand elle était venue postuler pour un emploi, il l’avait engagé sur-le-champ et n’avait jamais été déçu de son choix. Tanya était une jeune femme tranquille et réfléchie, quoiqu’un peu lunatique et désordonnée, il admirait la façon qu’elle avait de travailler, méthodiquement et efficacement.



J.

Pour la suite, Une Brunette écrivaine.

jeudi 9 juillet 2009

L'inconnu, partie 3

Le cœur de Joël battait à tout rompre en sortant de la librairie. Il prit une grande respiration afin de se ressaisir. Il avait reconnu la libraire: c'était elle, la fille de l'autre soir, au restaurant. Celle qui le fixait de ses beaux grands yeux, celle qui avait attiré son regard sans qu'il ne sache trop pourquoi. Il repéra le métro le plus proche et s'y engageant, les pensées remplies par la douce voix de l'étrangère.

Pendant ce temps, Tanya repensait encore à la coïncidence qui avait amené le charmant inconnu dans la boutique où elle travaillait à mi-temps durant ses études. Elle maudissait encore une fois intérieurement sa collège qui était arrivée en même temps qu'elle allait le servir. Et qui lui avait demandé d'aller aider le patron dans l'arrière-boutique tandis qu'elle prendra la relève du client. C'est à regret qu'elle adressa un petit sourire au bel étranger qui la regardait d'un air étonné et qu'elle se rendit retrouver son supérieur, un petit monsieur bedonnant d'une cinquantaine d'années, charmant comme tout, qui s'adressait à elle d'un ton paternel. Elle aurait bien aimé rester de l'autre côté encore un peu plus, afin d'échanger quelques mots avec l'homme. Parce qu'elle l'avait reconnu, oh oui. Elle n'avait jamais réussi à l'extirper complètement de sa tête depuis la soirée où elle l'avait aperçu dans ce petit restaurant.


J.

Pour la suite, Une Brunette écrivaine.